L’Homme augmenté

En 1818, Mary Shelley publiait Frankenstein,l’ histoire d’un savant fou qui, espérant créer un être supérieur, créa un monstre.

Ce mythe rappelle à l’Homo-Sapiens que ses derniers jours approchent inexorablement et que le rythme du développement technique le conduira sous peu à son remplacement. Des êtres entièrement nouveaux dont non seulement le physique sera différent , mais aussi et surtout l’univers mental. Imaginons un seul instant un être supérieur dont l’univers cognitif et émotionnel serait très différent du nôtre. Un univers mental d’une intelligence dépassant de loin celle de l’Homo-Sapiens lui sera à jamais inaccessible, comme l’univers d’une chauve-souris s’inquiétant de la disparition de son petit. Bien sur , nous nous rassurons et nous consolons en supposant que le Dr Frankenstein ne peut que créer des monstres qu’il suffira de détruire pour sauver le monde. Mais est-ce que c’est vrai ? Et si Dr Frankenstein créait un être réellement supérieur et qui nous regarderait comme nous considérons les Hommes de néandertal ?

Dans ce cas, de combien de temps disposons-nous ? Certains  » optimistes » soutiennent que déjà vers 2050 quelques humains privilégiés seraient a- mortels. Plus vraisemblablement au siècle prochain ou du millénaire à venir, mais que valent ces durées, qui apparaissent très longues , dans la perspective des 70 000 ans de l’histoire de Sapiens. La question du « corps augmenté  » ou du  » développement humain artificiel » préoccupent actuellement non seulement la classe politique, les philosophes , les savants, mais aussi les gens ordinaires. Il serait naïf d’imaginer que nous puissions donner un grand coup de frein afin d’arrêter les grands projets scientifiques qui promeuvent l’Homo-Sapiens au point d’en faire un être d’une espèce différente. Le projet Gilgamesh, ce « vaisseau amiral de la science », semble impossible à arrêter et à contrôler tout comme il est impossible d’arrêter Dr Frankenstein. Il semble que la seule chose que nous puissions faire, c’est d’essayer d’infléchir la direction que nous sommes en train de prendre.

Il est une perspective effrayante au plus haut point ;  il nous serait possible sous peu de manipuler nos désirs.La vraie question sera non pas  » Que voulons-nous devenir ? » mais  » Que voulons-nous vouloir ? » Question qui donne le vertige…